Nous sommes arrivées de Siem Reap à Phnom Penh, la capitale, après 5 bonnes heures de « bus » (enfin, on a réservé et payé 12$ par personne pour un bus, qui s’est transformé en mini van, pas trop entassé, mais nettement moins confortable qu’un vrai bus).
Dès notre arrivée, nous percevons une différence d’ambiance. Les maisons semblent plus être des bidonvilles, il y a énormément de déchets en rue (et ça pue…), les tuk-tuk ont des grillages pour éviter de se faire arracher son sac, … tout ça ne nous inspire pas trop.

Nous avons choisi le Sla Boutique hostel, une guesthouse avec des dortoirs avec lit double ! La guesthouse est sympa, on peut y cuisiner, il y a des activités certains soirs (on a pu visionner le film « Killing fields » pour nous mettre dans « l’ambiance »), …
Notre programme pour les quelques jours à venir s’organise assez facilement. Palais royal et musée national le premier jour et les Killing fields et le centre S-21 le second.
Le Palais royal et le musée national
Après avoir vu Angkor, le Palais royal ne nous semble pas très impressionnant. Certes, il est plus coloré, et quand même assez grand, mais pas très entretenu (on peut espérer qu’ils utilisent l’argent public à de meilleures fins qu’à la réfection de ces bâtiments).
La partie du palais où nous pouvons rentrer n’est évidemment pas celle où habite réellement le roi, mais là où se passent les cérémonies officielles. On ne peut d’ailleurs pas entrer dans la salle du trône, de laquelle on entend une cérémonie bouddhiste en cours.

On continue ensuite vers la « pagode d’argent » qui n’a d’argent « que » son sol (plus de 5000 carrelages de plus de 1kg d’argent chacun !). Bon, comme ils sont couverts de tapis, on ne les voit pas vraiment.

Tout comme le palais, l’ensemble de temple et stupas n’est pas en très bon état, même si les stupas en pierre blanche sont assez belles.

Nous terminons assez rapidement la visite, pour aller au musée national. En fait, Luce ne se sent pas très bien ce jour-là, et nous écourtons un peu les visites.
Le musée national est pas mal, mais mieux vaut prendre un vrai guide que l’audio-guide qui ne nous en apprend pas beaucoup sur l’histoire et le contexte des sculptures, statues et bas-reliefs qui s’y trouvent. Néanmoins, cela reste très beau. On retrouve même la tête d’une statue qu’on avait vu dans un temple d’Angkor. C’est marrant !

Killing fields et centre S-21
En pensant au Cambodge, nous pensons surtout à Angkor et aux temples perdus dans la végétation, au point que l’on oublie peut-être l’histoire sanglante qu’a connu ce pays, il n’y a pas si longtemps.
Le Cambodge a subi les conséquences de la guerre du Vietnam. Les Américains, souhaitant couper les routes de ravitaillements des Vietnamiens, ont allègrement bombardé le Laos et le Cambodge. On estime qu’il y a été déversé plus de bombes que pendant toute la seconde guerre mondiale ! Les paysans ont donc cherché refuge dans les villes qui n’étaient pas dans les zones de tir. En plus de cette situation déjà chaotique, le gouvernement a fait l’objet d’un coup d’état appuyé par la CIA (nouveau régime favorable aux Américains). Le roi a dû fuir son pays. C’est à ce moment que dans les campagnes, des rebelles ont commencé à vouloir reprendre le contrôle de leur pays. Le seul souci, c’est que ces rebelles étaient des Khmers rouges, soumis à l’idée révolutionnaire de Pol Pot qui souhaitait créer une société communiste basée sur les paysans. Les Khmers rouges ont gagné du terrain au point d’arriver à reprendre la capitale, Phnom Penh. Leur arrivée a d’abord été saluée par les habitants… c’était la fin de la guerre. Mais dans les heures qui ont suivi, les Khmers rouges ont fait évacuer toutes les villes du pays, y compris les hôpitaux, les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants, … pour les assigner à des villages où ils devraient cultiver du riz. Évidemment, cet exode a déjà coûté pas mal de vies.
Ensuite, les Khmers rouges ont instauré un régime de terreur. Tout intellectuel était liquidé (et par intellectuel, on parle de ceux qui avaient fait des études, mais aussi de toute personne qui parlait une autre langue, portait des lunettes, avait les mains soignées). En l’espace de presque 4 ans, quasi 1 Cambodgien sur 4 s’est fait tuer par ses propres compatriotes. Il y avait des prisons (« centre de sécurité ») où les prisonniers étaient torturés pour recueillir des « aveux » (imaginaires) avant d’être envoyé vers des camps d’extermination.
Les deux visites du jour sont un de ces camps d’extermination (« Killing fields ») à Choeung Ek (à quelques 15km de la capitale) et un de ces centres de sécurité, le camp S-21 ou Tuol Sleng. Comme indiqué dans notre guide du routard, il est important de continuer à visiter ces lieux pour ne pas qu’ils tombent dans l’oubli, ou qu’ils soient fermés par manque de moyens. Autant le dire, ces visites n’ont pas été faciles…
Dans les deux cas, nous avons reçu ou choisi un audio-guide pour nous permettre de suivre la visite et pouvoir écouter des explications détaillées et des témoignages. Ils sont assez bien faits et indispensables.
L’endroit du Killing fields est très calme et paisible, mais glaçant lorsqu’on comprend que les monticules que l’on voit sont en fait les limites des différents charniers où ont été découverts des centaines de corps mutilés.

Un des moments les plus difficiles pour toutes les deux fut l’arbre où étaient éclatées les têtes des enfants juste à côté d’un charnier (pratique et rapide…). On en a eu la nausée. De même qu’au moment où on est passées juste à côté d’os et de vêtements que la terre avait rejeté à cause de la saison des pluies (ce qui arrive donc chaque année). Les gardiens les ramassent quasi quotidiennement.
La visite s’est finie dans une stupa, où sont entreposés une grande partie (mais pas tout) des cranes retrouvés dans les charniers, et ce sur 17 étages. On voyait clairement dessus les circonstances du décès (couteau, masse, pique, …). Les gens avec nous prenaient des photos, mais nous avons trouvé cela inconcevable. Je crois que tout le monde sait à quoi ressemble un crane et qu’il n’y a pas besoin d’une photo pour se souvenir d’un tel spectacle.
Un peu groggy de cette première visite, le tuk-tuk nous emmène au camp S-21, au centre de Phnom Penh. Il s’agit en fait d’un ancien collège (qui a dû être très beau et joyeux à un moment donné), transformé en prison et centre de torture. En écoutant les explications assez détaillées de l’audio-guide, nous déambulons dans ces salles de classe transformées en salles de torture avec un lit métallique où les prisonniers étaient maintenus ou séparées en cellules minuscules de moins d’1m sur 2. Les photos d’une partie des personnes qui sont passées dans ce camp (d’un côté ou de l’autre de la barrière, sachant que certains passaient de l’un à l’autre) sont également exposées. Le personnel étant très minutieux, une photo de chaque détenu était prise à l’entrée et à la sortie, accompagnés des aveux complets pour « clôturer le dossier ». L’audio guide propose des témoignages des quelques survivants (7 sur environ 20.000), mais également, ce qui nous a plus choqué, des bourreaux. La plupart étaient des gamins de 10-25 ans, complètement endoctrinés, ce qui les rendaient plus monstrueux encore.
Entre les photos, les différents témoignages, le sang qui se trouve encore dans certaines cellules, les instruments de torture et les peintures très descriptives, … on imagine assez concrètement l’horreur de ces lieux.

Ces visites n’auront pas été vaines, mais assez fortes en émotions, et on en est sorties vidées… On a été se manger une grosse pizza après pour se réconforter.
