Part 2 – L’épopée ferrytique

Un petit mot préalable sur le ferry… même sans être dans la situation actuelle de grève, il arrive fréquemment d’être prévenu la veille d’un changement d’heure ou de port de départ… Comme nous étions au courant des grèves, nous avons contacté la compagnie (Naviera Austral) en espérant avoir des informations sur notre départ et là… on apprend que celui-ci est reporté au lendemain, ce qui implique 1) une nuit de plus sur Chiloé et 2) une arrivée de nuit à Puerto Chacabucco où nous n’étions pas censés dormir ! En plus de ça, le port d’embarquement n’est pas encore définitif et pourrait aussi bien être Quellón (ce qui était prévu) que Puerto Montt ou Castro. Vu les distances entre ces villes, nous avons fait l’hypothèse médiane de Castro et avons bien fait !

Petite parenthèse, nous sommes tous impressionnés des talents hispanophones de Syl qui n’avait pas parlé cette langue depuis 10 ans, après n’avoir appris que des rudiments et qui pourtant nous sauve de toutes les situations (en arrivant même à parler au téléphone, l’épreuve ultime).
Mais retour au ferry… On nous a demandé d’être 3h à l’avance, ce que nous avons fait, sauf que notre ferry, lui, n’y était pas ! De fait, le port était bloqué par un autre ferry en plein déchargement et rechargement, et comme ce port de remplacement n’est pas prévu pour cela, les manœuvres des camions s’avèrent très compliquées… un des camions rentrés dans notre ferry y a d’ailleurs laissé une bavette et au moins 1h de délai pour nous tous !
Sur ces heures d’attente frustrantes en regardant le va-et-vient mal organisé, nous finissons par pouvoir monter à bord et découvrir le ferry. Gros sièges à l’aspect confortable (heureusement, vu qu’on est censé y passer plus de 30h et du coup, presque 2 nuits !), petit bar à nourriture et boissons, et surtout pont extérieur où nous passerons la majorité du temps à regarder les paysages et scruter les eaux pour voir d’éventuels animaux marins. On s’y installe presque directement et on ne le quittera que pour aller dormir de temps en temps.
Nous sommes arrivés en mode préparés, avec un de quoi se fait un petit-déjeuner, deux lunches et un souper. Mais vu qu’on est partis de plus loin, et avec du retard, ça n’a pas suffi ! Pas grave, il y a de quoi se sustenter sur le ferry.

Nous passons la première après-midi (nous avons finalement largué les amarres à 12h30 de Castro) et soirée sous un grand soleil et notre tableau de « chasse » n’est pas trop mal : un manchot, un phoque et des dauphins.

Les paysages sont également splendides, avec des montagnes de plus en plus enneigées dans le lointain. Par contre, Syl et Luce se croyant invincibles au soleil après avoir subi un an celui, très fort, de Nouvelle-Zélande, ont sorti la crème un peu trop tard et ont bien cramé du visage ce qui fait que Luce ressemblera à un clown pour le reste du séjour.

On reste dehors jusqu’au coucher du soleil et vu que nous descendons de plus en plus au sud, celui-ci se fait de plus en plus tard. Il faut donc attendre jusque 21h45 environ avant de finalement rentrer et s’installer pour la nuit.

Nous recevons des couvertures et inclinons les sièges. Cependant, il y a encore beaucoup de bruits, des enfants qui courent partout et une TV à fond, mais après notre passage au premier arrêt du ferry un peu avant minuit, cela se calme enfin. Néanmoins, nous ne pouvons pas dire que la nuit fut très bonne pour aucun de nous.
Aux premières lueurs de l’aube, Luce, suivie de Xavier, sortent pour aller admirer le soleil levant, malgré une couche nuageuse très dense. Nous sommes arrivés dans les fjords et, même si les paysages ont radicalement changé, ils sont toujours aussi beaux !

Il y a aussi beaucoup plus de phoques, qui jouent autour du bateau en faisant des sauts dignes de ceux de dauphins. Nous reprenons notre poste sur le pont. Notre tableau de « chasse » s’agrandit en quantité, mais malheureusement pas en espèces puisque nous ne verrons ni baleine ni orque, mais bien des pélicans.
Nous pouvons même voir de loin le Ventisquero colgante, célèbre glacier suspendu du parc national Queulat et ses 2 cascades principales.

La météo de cette seconde journée est plus nuageuse, mais nous avons beaucoup de chance puisque nous n’avons eu qu’une petite heure de pluie qui nous a donné l’occasion de nous réchauffer à l’intérieur en jouant un désormais mythique rikiki.
Après deux petites heures de sommeil/repos ce soir-là, nous arrivons finalement à Puerto Chacabucco vers 23h30, après … 35h de voyage! Surprise à l’arrivée… nous devons passer par la douane. Mais tout se passe sans souci et nous rejoignons Puerto Aysen et notre hébergement réservé en dernière minute pour y terminer la nuit.
Ce voyage en ferry a été une sacrée aventure. Outre le retard, le fait d’avoir dû prolonger d’une nuit sur Chiloé et d’avoir dû trouver en dernière minute un hébergement pour l’arrivée, nous avons aussi été contraints de revoir la suite du programme et d’annuler les hébergements et activités initialement prévus. Mais ça, évidemment, ça fait partie du voyage ! Par contre, le manque de sommeil n’a probablement pas aidé la fatigue générale et l’état de santé du groupe (Xavier et Luce nous ayant fait coup sur coup un bon gros rhume). Nous ne le regrettons cependant pas car les paysages, la faune et l’expérience en valaient vraiment la peine. Cela nous a également permis de raccourcir le trajet en ne devant pas utiliser plus que nécessaire les routes non-revêtues de la Carretera Austral.

Merci à Isabelle et Xavier de nous avoir laissé les entraîner dans cette épopée ferrytique !
