Part 3 – De Puerto Aysen à Punta Arenas en passant par deux frontières !

De retour sur la terre ferme, nous reprenons la route jusque Coyhaique, la plus grosse ville de ce coin perdu du Chili, où nous devons prendre quelques décisions pour la suite. Le ferry ayant changé nos plans, nous devons voir ce qu’il est possible de faire pour récupérer la suite de notre programme sans devoir annuler trop d’hébergements. Nous devions à la base passer par Villa Cerro Castillo et y faire la rando pour monter jusqu’au pied du mont du même nom. Nous devions ensuite continuer vers Chile Chico en passant par Puerto Rio Tranquilo où nous souhaitions voir les cathédrales de marbre. Le dilemme est donc : faire la rando du Cerro Castillo et prendre le ferry jusque Chile Chico, ou visiter les cathédrales de marbre et parcourir la longue route non bitumée jusque Chile Chico. C’est finalement cette dernière option que l’on « choisit » (le ferry étant complet). Et nous avons bien fait !

En allant vers Puerto Rio Tranquilo, nous avons un aperçu du fameux Cerro, magnifique, avec son sommet en dentelle tout couvert de neige. La route est également très belle, longeant une rivière aux eaux turquoises et entourée de hautes montagnes enneigées. Nous arrivons au pays des glaciers !

Puerto Rio Tranquilo est vraiment une petite ville qui porte bien son nom. Elle est située sur les rives du lac General Carrera (côté chilien, car côté argentin, le lac est appelé « Buenos Aires »), le deuxième plus grand lac d’Amérique latine. Ses eaux sont d’une couleur étonnante et descendent directement des glaciers. Ici, le vent ne s’arrête jamais et il est tellement fort qu’il y a de vraies vagues ! Nous avons l’occasion d’y prendre une petite barque pour aller voguer sur ces vagues et admirer les formations rocheuses atypiques : du marbre sculpté par l’eau. Nous optons pour le « long » tour ce qui nous permet de n’être que 6 sur le bateau, d’avoir plus d’explications et d’aller plus loin pour voir d’autres formations. Nous sommes très contents de notre choix, car la seconde partie est plus courue et il est donc plus compliqué d’appréhender la sérénité des lieux dans les bruits de moteur… et le guide, très sympa, fait tout son possible pour nous donner les explications en anglais mixé d’espagnol. L’expérience vaut bien le détour si vous n’avez pas peur d’être un peu mouillés !
Commence ensuite la très longue partie de route car c’est pendant 2 jours entiers que nous allons rouler avant d’atteindre notre prochaine étape. D’abord, un premier jour avec 166 kilomètres sur une route de graviers, relativement en bon état mais avec quelques passages difficiles. Cette route est cependant absolument sublime ! Nous longeons tout du long le lac et ses eaux fascinantes tout en gardant la vue sur les montagnes et glaciers. C’est probablement une des plus belles routes que nous ayons jamais parcourue jusqu’à présent. Même si nous n’avions pas été voir les cathédrales de marbre, nous serions tentées de dire que rien que la route vaut le détour !

Voilà que se profile alors notre premier passage de frontière. En effet, du côté chilien, il n’est pas possible de descendre jusque dans le sud profond par voie terrestre. Il faut soit passer par l’Argentine, soit prendre le ferry. Comme nous avons déjà donné côté ferry, nous optons pour l’Argentine. Le passage se fait assez facilement quand on a bien tous les papiers nécessaires, notamment pour la voiture de location (qui doivent normalement être demandés à la compagnie de 7 à 15 jours à l’avance et que nous avions demandés 2 jours avant… heureusement que quand on téléphone dans un espagnol désespéré, les gens sont plus compréhensifs !). Nous dormons ce soir-là à nouveau dans un hébergement réservé en dernière minute, mais qui s’avère très différent de ce que nous avons pu expérimenter jusque-là … chambre familiale à 4 avec tapis de jeu au sol dans un hostel de travailleurs argentins, avec salles de bain partagées (et allergisantes pour Luce qui s’en remet difficilement !). Heureusement que ce n’est que pour une nuit !

Après cette expérience « intéressante » (à défaut d’autre qualificatif), nous reprenons très tôt la route du côté argentin pour… 750 kilomètres sur la célèbre ruta 40 ! Normalement, il devrait s’agir de vraie route, mais on ne peut jamais vraiment savoir avant d’être passé… Une façon d’apprendre l’espagnol, c’est de lire les panneaux. Que veut dire « zona de baches » ? Nous apprenons bien vite que cela signifie « Zone de trous », et quels trous ! Ce sont des nids de poule de la taille d’une baignoire, petits mais profonds ou très larges… On slalome entre ceux-ci car heureusement, il n’y a pas grand monde sur la route. Ça nous donne un peu l’impression d’être dans un « Mario kart » à taille réelle et le copilote prend ici toute son importance. Au vu des distances, nos réflexes d’Australie reviennent bien vite et nous nous arrêtons chaque fois qu’on voit une ville pour faire le plein car on ne sait pas vraiment quand sera la prochaine station-service.

Le climat a ici radicalement changé par rapport au Chili. Nous sommes dans un environnement désertique et venteux où ne poussent que des petits buissons broussailleux et secs. Mais l’attraction principale sur la route, à part des paysages avec vue sur des kilomètres de distance, ce sont les guanacos ! Sortes de lama, ou assimilés, nous en avons vu des centaines broutant les herbes folles. Sont-ils sauvages ou d’élevages ? Nous ne le savons pas car ils semblent aller où bon leur semble en sautant les clotûres si nécessaire (certains malchanceux y auront d’ailleurs laissé la vie). Nous croisons aussi, mais en moins grand nombre, les nandus, ces autruches locales qui sont plus petites que celles d’Australie.

Nous arrivons finalement à El Calafate en fin d’après-midi. La route, après la ville de Gobernador Gregores, est devenue nickel, sauf pour une portion de gravel de 73 kilomètres. Genre normal !
El Calafate est très touristique car elle est un des points d’entrée du Parque Nacional Los Glacieres. Nous y allons d’ailleurs le lendemain de très bonne heure pour aller admirer le fameux Perito Moreno (pas la ville, ni le parc national qui sont à des centaines de kilomètres de là, mais le glacier). Comme nous sommes dans les premiers à être arrivés sur place, nous avons la chance de le découvrir pendant presque 10 minutes sans aucun autre son que ceux qui émanent de lui. Il gronde comme le tonnerre et ses craquements donnent l’impression d’être face à un gigantesque être vivant bleu et blanc. On a beau en avoir entendu parler, se retrouver face à lui, c’est autre chose !

Il est terriblement impressionnant et nous fascine tout du long. Nous pouvons l’observer sous tout ses angles via des passerelles ingénieusement installées et qui permettent d’avoir un aperçu tout en éparpillant la foule qui arrive en nombre pour l’admirer.

Nous essayons en vain d’immortaliser une chute de bloc de glace, mais il vous faudra faire vous-même le déplacement si vous voulez assister à ce spectacle époustouflant de la glace qui est poussée en avant et, dans un grand bruit, se détache pour plonger dans les eaux turquoises du lac où flottent d’ailleurs des icebergs à faire couler le Titanic.

Il s’agit d’un des rares glaciers visibles à cette faible altitude et qui continue à avancer, malgré qu’il s’amincisse. Il a cependant encore une épaisseur allant jusqu’à 70m de haut!
Après cette étape qui nous aura laissé sans voix (et blasé Xavier pour les pauvres glaciers suivants qui ne soutiennent pas la comparaison), nous reprenons la route vers Puerto Natales, au Chili. Vous l’aurez compris, nouveau passage de frontière ! Celui-ci est un peu plus compliqué car le Chili est assez strict concernant ce qui entre sur son territoire. Nous qui avons une glacière avec du miel, du lait, et autres provisions, nous déclarons bien tout à la douane qui nous laisse passer car la plupart de ces produits avaient été achetés au Chili. Nous avons cependant droit à une fouille du véhicule et devons faire passer toutes nos valises dans un scanner. Sur le coup, nous croyons que nous avons une sale tête, mais lorsque nous repasserons plus tard la frontière à nous deux seulement, on verra qu’à chaque poste de frontière, nous sommes soumis à cet exercice. Bon à savoir !
Puerto Natales est la ville la plus proche du fameux Torres del Paine, ce parc national de renommée internationale pour ses randonnées et ses treks de plusieurs jours. Comme nous avons encore la voiture de location et que nous n’avons plus beaucoup de temps avant qu’Isabelle et Xavier ne doivent reprendre leur avion de retour, nous avons opté pour 3 jours sur place avec des balades/randos, mais pas de trek (il faut dire que le trek « W » qui est l’un des plus petits prend déjà minimum 5 à 6 jours).

Nous avons bien profité de l’endroit, qui est magnifique, malgré une météo typiquement patagonienne, c’est-à-dire pluie/soleil et vent. Les températures sont dans les environs de 10-15 degrés. Nous qui pensions avoir tout vu en matière de vent lorsque nous étions en Nouvelle-Zélande, nous voilà détrompées ! Le vent ici est encore plus fort. Heureusement, nous ne campons finalement pas et pouvons upgrader nos réservations de tentes pour des nuits en dortoir dans un refugio. Par chance, nous avons même le dortoir pour nous 4 uniquement !
Nous passons nos deux premiers jours dans le parc à la laguna azul et faisons la balade qui mène au mirador Cuernos, absolument splendide ! La météo ne nous permettra cependant pas de faire plus à pied, mais nous avons été voir quelques jolis points de vue en voiture.

Notre dernier jour, nous sommes motivés et chauds pour grimper jusqu’au Torres dont le parc tire son nom. La rando est facilement faisable en une journée, mais est quand même assez longue. 20 kilomètres et environ 800 mètres de dénivelé. Le début monte déjà bien, mais ce sont surtout les 2 derniers kilomètres qui sont les plus durs. Extrêmement pentus et surtout sur un sentier qui n’en est pas vraiment un. Nous devons marcher dans un petit torrent, puis continuer en nous frayant un passage dans un éboulement. Evidemment, des centaines de personnes sont déjà passées par là, mais cela n’a pas aidé à façonner un sentier facile à emprunter. Par contre, arrivés au-dessus, la récompense est grandiose !

Les nuages couvrent encore une bonne partie des torres mais se lèvent petit à petit. Lorsque Xavier et Isabelle nous rejoignent au-dessus, le ciel leur est clément et lève le voile. Nous avons même droit à un rayon de soleil et un bout de ciel bleu pour apprécier encore plus la beauté du lieu. Un glacier descend des torres et ses eaux viennent alimenter un petit lac d’une belle couleur juste à leurs pieds. Nous mangeons un bout devant cette majestuosité avant de commencer la descente que nous craignons presque plus que la montée au vu de l’état du sentier.

Nous n’avions même pas compté sur le fait que les gens sont moins lève-tôt que nous et sont donc tous en train d’arriver en masse, nous empêchant de descendre.
Nous arrivons à la voiture 11 heures après notre départ tôt le matin même et reprenons directement la direction de Puerto Natales. Pour Syl et Luce cependant ce n’est qu’un aurevoir car nous souhaitons revenir faire le trek lorsque nous nous serons « débarrassées » de la voiture.

Nos derniers jours ensemble, nous les passons à Punta Arenas. A cause du vent, l’excursion prévue pour aller voir les pingouins est annulée et nous essayons avec peine de trouver un plan B. La région est en effet surtout réputée pour ces excursions, mais il y a aussi un parc national où nous faisons une petite balade dans une forêt très mystique.
Nous parcourons aussi la route côtière jusque Fuerte Bulnes, un fort qui fut le premier point d’installation des Chiliens en vue de s’assurer de garder une emprise sur le détroit de Magellan (qui permettait et permet toujours aux bateaux de ne pas passer par les eaux les plus dangereuses du Cap Horn).

C’est ainsi que s’est terminé le séjour d’Isabelle et Xavier que nous avons été reconduire à l’aéroport de Punta Arenas, après une dernière visite de reconstitution en taille réelle des navires de Magellan et de Fitzroy et Darwin. Comment les hommes acceptaient de monter sur de telles coques de noix pour traverser les mers sans un brin d’intimité ou de confort pendant des semaines ? Pas étonnant qu’il y ait eu autant de mutineries dans l’équipage de Magellan (lui-même décédé au cours de ce premier tour du monde).

Nous voilà à nouveau à deux, nous sentant un peu orphelines, pour commencer la lente remontée pour aller rendre la voiture à Temuco.
Un tout grand merci à Isabelle et Xavier pour ce séjour. Nous espérons leur avoir permis de découvrir les merveilles du Chili mais également de mettre un orteil dans notre façon de voyager ! Jusque-là, tant la Patagonie chilienne qu’argentine nous séduit terriblement, si ce n’est son climat difficile à vivre et que l’on redoute maintenant que nous sommes piétons et campeurs. Rendez-vous dans quelques semaines pour voir si on y a survécu !
