Paradoxes de Singapour

Nous avons quitté Bangkok très tôt le matin pour prendre l’avion et rejoindre, en 3 petites heures, Singapour.

Le changement est radical ! Premièrement, il y a un métro qui relie l’aéroport au centre-ville, ce qui, croyez-nous, est assez rare en Asie du sud. Pas d’arnaque tuk-tuk ou taxi, quel soulagement !

Après 40 minutes dans le métro climatisé, nous arrivons à Chinatown, où se trouve notre dortoir cosmique pour les 4 prochains jours. On a choisi de vivre une nouvelle expérience et de dormir dans un hostel capsule, à thème spatial. En clair, on est encore en dortoir, mais avec un lit double et à l’intérieur d’une boîte en plastique, illuminée de néon bleu pour le style. Fun, mais pas des plus confortables. Mais au moins l’eau du robinet est potable et on peut jeter son papier toilette, dans la toilette, hourra !

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Cette après-midi-là, nous découvrons le quartier et ses alentours, ainsi que notre premier « food court ». Les Singapouriens ont organisé les stands de « street food » (des stands de nourriture ambulants, pas très chics) dans des endroits couverts, avec surveillance sanitaire et mise en commun des tables et de la vaisselle réutilisable. La vie est plus chère à Singapour qu’en Asie du sud, mais dans les food courts, on peut manger pour 4-5 dollars singapouriens (2,5-3 euros).

Notre balade nous fait aussi découvrir de magnifiques quartiers rénovés, ainsi que notre premier « HLM » … Euhm, ce n’est pas vraiment comme chez nous !

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Le HLM en question, c’est l’énorme building derrière, avec des jardins à chaque passerelle

Le lendemain, nous allons au musée (oui, ça nous arrive !) d’histoire nationale. On y découvre la construction et le développement de ce port, devenu une cité-état. Le colonialisme a joué un grand rôle, mais les développements après l’indépendance nous ont encore plus impressionnés. L’état a été géré par des dictateurs visionnaires, qui ont investi dans l’industrialisation, mais aussi dans l’humain avec l’objectif d’avoir un logement pour tous, une mixité culturelle très importante, une très grande propreté des rues, un recyclage des déchets et de l’eau, une promotion des espaces verts, y compris en haut des buildings, … C’est pourquoi les HLM sont des endroits agréables à vivre, avec des parcs (même si c’est en hauteur), des centres communautaires et une mixité obligatoire quant aux origines (chinoises, indiennes, arabes, malaises).

C’est après cette visite qu’on met le doigt sur la raison pour laquelle les rues nous paraissent si larges et aérées, et la grosse différence avec le Japon où la propreté est comparable : il n’y a aucun fil électrique ni canalisation en surface. Après les emmêlages de câbles, qu’on peut entendre (oui, oui, ça ne fait pas peur du tout d’entendre le tas de fils électriques au-dessus de sa tête), ça nous change !

On découvre ensuite deux autres quartiers préservés que sont Little India et Arab street. Pour nous qui ne sommes jamais allées en Inde, on a vraiment l’impression d’y débarquer, mais probablement en plus propre et plus ordonné. Marché de fruits et légumes, de poissons, de tissus, de bijoux, … et surtout, des hommes partout (mais où sont les femmes ?) ! Le changement d’atmosphère est assez fort, nous ne nous y sentons d’ailleurs pas vraiment à l’aise, sans jamais s’être senties en danger non plus. Arab street, c’est plus un mix bizarre entre notre vision d’Hollywood, des marchands de tapis et des restos alléchants. Assez fun ! Beaucoup moins oppressant, mais plus touristique. C’est aussi dans ce quartier-là que se trouve LA rue, la seule, où l’art de rue et les graffitis sont admis (Haji lane).

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On termine cette journée déjà bien remplie par un verre en haut du plus haut bar de la ville, l’Altitude. On y a une très belle vue sur la ville, le coucher de soleil et le show du Marina Bay Sands, l’hôtel le plus célèbre de la ville, trois grandes tours surmontées d’une énorme barque d’une surface d’un hectare, avec piscine à débordement dans le vide. Évidemment, de 300 à 3.000 euros la nuit, on n’a pas testé, mais y pas à dire, ça pète ! Tous les soirs à 20 heures et 21 heures 30, il y a un spectacle de lasers et de fontaines devant l’hôtel sur la baie.

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Le lendemain nous comptons visiter les jardins (Gardens by the bay) et notamment le Flower Dome et le Cloud Forest, ainsi que la canopée. Pour des raisons de maintenance, la Cloud Forest est fermée ce jour-là et le Flower Dome le lendemain… Pratique ! Heureusement, il est possible d’acheter les tickets séparément et ainsi faire les deux visites sur 2 jours.

Le Flower Dome, c’est une énorme serre, assez fraîche, où poussent des plantes des climats méditerranéens et subtropicaux. Cactus, baobab, living-stone (plantes-cailloux), oliviers, hortensia, …

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C’est amusant de retrouver certaines senteurs de « chez nous » (surtout du sud de la France). Un brin nostalgique, faut bien l’avouer !

On passe ensuite dans les jardins qui entourent les serres et où ont été construits des arbres métalliques sur lesquels les Singapouriens testent les plantations verticales. Les Singapouriens ont en effet comme projet de faire de leur ville la première ville verticale, avec des buildings reliés entre eux, avec des jardins en hauteur, … Vu que la surface de leur état est très limitée, ils doivent apprendre à vivre à la verticale, pour pouvoir garder encore des zones naturelles.

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Entre les arbres métalliques il y a une passerelle de laquelle on a une vue très sympa sur l’immense parc que sont les « jardins ». L’endroit fourmille de familles, de cyclistes et de coureurs, et évidemment de touristes. Il n’empêche que ça reste assez impressionnant de voir autant de verdure avec en toile de fond, des immenses buildings.

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Après ce passage au vert, découverte du luxe dans les grands centres commerciaux (mall), qui n’ont strictement rien à voir avec ceux de Bangkok. Dans le Marina bay mall, il y a même un canal à l’intérieur et on peu se faire conduire en barque dessus ! C’est toute une visite en soi.

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On finit la journée par un délicieux restaurant japonais …à l’intérieur d’un mall !

Pour notre dernière journée, nous souhaitons voir le Singapore City Gallery, près de Chinatown, qui explique les projets urbanistiques de la ville. Malheureusement, il est en rénovation et nous ne pouvons voir qu’une maquette du centre-ville avec une prévision des nouveaux buildings, ainsi qu’une carte 3D de la cité-état, ce qui nous permet de nous rendre compte de l’étendue du métro et des pistes cyclables, qui vont tous deux d’un bout à l’autre de l’île. Le vélo est d’ailleurs l’objectif 2040. Ce musée est vraiment axé sur les projets de la ville et vaut le détour, quand il n’est pas en rénovation !

Comme il pleut, et que nous souhaitons quand même voir Orchard road, la rue des malls, nous décidons de la faire en bus, surtout que certains bus à Singapour sont à 2 étages (la verticalité encore !). Mais avec la pluie, on a quand même du mal à distinguer les architectures impressionnantes des buildings. On termine donc à pied, en passant dans un dernier food court pour de délicieuses nouilles faites maison !

On termine l’après-midi à la Cloud Forest, la seconde serre des jardins. Une montagne verticale, avec chute d’eau intérieure, où l’on trouve des espèces des régions tropicales montagneuses et humides. Il y fait donc encore assez frais, et point de vue humidité, outre la cascade, il y a des brumisateurs partout, ce qui nous donne l’impression d’être dans le brouillard.

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Les murs de la structure regorgent de plantes et d’orchidées. C’est absolument magnifique ! On peut d’ailleurs monter tout en haut et descendre sur une passerelle qui fait le tour de la serre. On y voit aussi des plantes carnivores, des espèces de bégonia en voie de disparition, des minuscules orchidées à voir à travers une loupe, …

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La fin de la visite est consacrée à des vidéos de sensibilisation sur le changement climatique, la pollution, la disparition des espaces réellement naturels, l’importance de l’eau et du recyclage, … on espère que ceux qui passent auront bien écouté !

Quand on sort, il fait nuit et on a l’occasion de voir les arbres des jardins illuminés.

On termine notre visite de Singapour par une dernière balade sur l’esplanade de la baie, un dernier show du Marina Bay Sands, un coucou au Merlion, statue-symbole de la ville, ainsi que par un dernier resto le long du Clark Quay pour manger du crabe ! Un délice !

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Singapour c’est une ville de paradoxes…

  • D’une part, c’est une dictature, avec censure, présence policière en civil et amendes (sans blague qu’ils se tiennent bien !), et d’autre part, ils ont une vision d’avenir pour la ville assez grandiose ainsi qu’un investissement dans l’humain et leur population peu croyable pour des européens.
  • On était un peu stressée à l’idée d’arriver dans une ville où l’homosexualité est encore punie par la loi… mais où on aura vu plus de bars gays que partout en Asie (sauf peut-être à Phnom Phen).
  • Ils sont très axés écologie et recyclage (ils recyclent même les eaux usées et la mettent en bouteille), mais ils font l’apologie de la consommation dans leurs énormes malls de luxe.
  • Ils obligent à la mixité culturelle, mais on a quand même eu l’impression que les métiers lourds étaient assumés par certains et pas par d’autres.

Malgré tout, Singapour a été pour nous un gros coup de cœur et une très bonne surprise ! Elle nous aura impressionné par sa propreté (faut dire que 500 dollars d’amende si tu laisses tomber un papier par terre, ça pique), son architecture et la conservation des bâtiments (ici l’urbanisme, ça doit pas rigoler), ses transports en commun (métro et bus) assez peu chers, ses espaces verts, son soucis du beau, ses food court où tout le monde s’assied à la même table, … Évidemment, en 3 jours on n’aura pas eu le temps de tout voir et pour ceux qui ont le budget (c’est l’une des villes les plus chères au monde), il y a facilement moyen de rester plus d’une semaine !

Cela nous fait également réfléchir à nos politiciens européens qui nous semblent cruellement manquer de visionnaires réellement préoccupés par l’avenir et le bien-être des citoyens.

Récap’ des infos utiles

  • Métro Aéroport – Chinatown : 2,5 S$ par personne
  • Tourist pass 3 jours (trajets métro et bus illimités) : 20 S$ par personne (+ 10 S$ caution)
  • National Museum of Singapore : normalement 10 S$ (gratuit les jours spéciaux, genre la fête des grands-parents)
  • Altitude (One Raffles’ Place) : 35 S$ par personne (jusqu’à 21h) comprenant 2 verres (et la vue !)
  • Flower Dome ou Cloud Forest : 14 S$ par personne pour un des deux (il y a des tickets combinés pour le même jour, voir avec votre hébergement, à notre hostel vendu à 24 S$)
  • Skyway (passerelle autour des arbres métalliques) : 8 S$ par personne
  • Plat au food court : 4 S$ à 8 S$
  • Nuit en capsule double (MET a space pod @Chinatown) : 60 S$ (remarque: si vous avez l’occasion de trouver un hébergement qui propose la mise à disposition de trottinettes, n’hésitez pas, ça doit être vraiment un bon moyen de visiter! La location est par contre terriblement chère…)

 

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